[Récit de voyage] Etape 2: Amantani, sauvage et authentique

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Etape 1: Iles Uros, entre comédie et traditions

 

Deux heures de bateau plus tard, un rocher émerge de cette immensité bleue. Moins fréquentée que sa voisine Taquile et plus authentique que les îles flottantes Uros, l’île d’Amantani est une étape privilégiée pour passer une nuit sur le lac Titicaca.

The Report Earth - Amantani, sauvage et authentique

Soupe de quinoa et champs de pomme de terre

Dès l’arrivée sur l’île, nous sommes accueillies par la famille qui nous reçoit le temps d’une nuit sur cette terre de charme. Accompagnées de Nelly, jeune cholita au sourire timide, on avance, le regard en maraude, à travers les champs de racines et autres tubercules. De nombreuses terrasses, héritage du génie agricole inca, recouvrent les flancs de l’île. C’est au pied d’une maison rustique et arborée que nous faisons escale. Après avoir pris nos quartiers d’hiver dans une petite chambre à l’étage, nous rejoignons Nelly et ses parents dans la modeste cuisine. Au menu : soupe de quinoa et pomme de terre, omelette et un « léger » mariage de pomme de terre et d’oca (un substitut de… pomme de terre !). Le tout directement sorti du potager du jardin. Un thé de muña (un petit arbuste aux fines branches) mettra fin à mes douleurs d’estomac. En guise de ballade digestive, nous foulons le sol pierreux et partons à la découverte de ce paisible village de paysans. En tout point, les yeux se portent sur les eaux scintillantes du lac et sur cette terre aride où poussent quinoa, blé et pomme de terre.

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Esprit communautaire

A défaut de pouvoir barboter dans les eaux claires du lac, nous nous offrons un bain de soleil sur l’herbe sèche, au pied d’épineux arbustes. Les hommes travaillent aux champs, les femmes étendent le linge près des maisonnettes en torchis; les moutons, impassibles, crapahutent dans les chemins sinueux. Au détour d’un sentier, nous rencontrons un joueur de flûte, perché un rocher; plus loin un tailleur de pierre s’active à la tâche. Ici, pas de voitures, pas d’eau courante, pas d’électricité. Ni de police et de délinquance… C’est l’esprit communautaire qui régit l’île. Le système d’hébergement chez l’habitant est lui aussi bien rodé, en alternant équitablement l’accueil des touristes dans les différentes communautés. Evitant les effets pervers du tourisme de masse, l’île, éloignée de tout et sans véritables infrastructures, a développé un système rotatif de logement chez l’habitant. Le tourisme contrôlé a ainsi ouvert une nouvelle source de revenus, sans pour autant bouleverser le mode de vie et l’organisation de la société. Avec ce système, les habitants disposent d’un revenu supplémentaire et ont ainsi l’opportunité de partager leur quotidien et leur histoire avec le monde extérieur. On nous garantit une juste répartition de l’argent versé entre les agences, la capitainerie, le chef de la communauté et les familles, cependant les habitants restent relativement pauvres et il est toujours apprécié de leur apporter quelques provisions, fournitures ou produits de luxe (du shampoing ou savon par exemple). Après quelques emplettes, nous assistons à un spectacle insolite : à 4000m d’altitude, hommes et femmes –toujours en jupes- se livrent avec ardeur à une partie de volley sur le terrain goudronné en contrebas.

Ile Taquile 2 (Lac Titicaca) - The Report Earth

Pudeur et traditions

L’après-midi touche à sa fin et il est temps de grimper vers le sommet de l’île, surmontée de deux pics sacrés : le Pachatata (la « terre père ») et le Pachamama (la « terre mère »). Ça grimpe gentiment pendant 1h et c’est devant quelques murets de pierre soigneusement taillées que nous arrivons sur le site : c’est ici que s’effectuaient les sacrifices et offrandes honorant la Terre Mère, la déesse créatrice et nourricière, une déesse sans temple, qui s’honore en tous lieux, de préférence sur le sommet d’une montagne ou dans la nature. La Pachamama est son propre temple. De ce promontoire poussiéreux, nous observons le soleil s’engouffrer dans les eaux sombres du Titicaca. Puis c’est à la lueur d’une torche que nous redescendons tranquillement vers le village pour retrouver nos hôtes. On se retrouve dans la cuisine en argile, accroupis près du feu pour peler les pommes de terre. L’ensemble des habitants d’Amantani parle le quechua, c’est leur langue maternelle mais un peu plus de la moitié de la population parle aussi l’espagnol. Nelly et sa famille font preuve de beaucoup de pudeur mais s’hasardent à échanger avec nous en espagnol. Au-delà des regards et sourires échangés, c’est une véritable expérience d’humilité. Nous prenons congés et profitons de la tranquillité et de ce silence revigorant pour s’allonger sur les murets de pierre. Le ciel est d’une pureté incroyable et c’est le vent froid et saisissant qui nous reconduira dans nos chambres. La nuit sera paisible, sans aucun doute…

 

A suivre: Taquile et son art textile


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