Arequipa, ville blanche

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« La lune a oublié d’emporter la ville quand elle s’est séparée de la Terre » proclament volontiers les Arequipeños pour expliquer la blanche pureté de leur cité. Deuxième plus grande ville du Pérou, et pas la moins populaire, Arequipa, envoute tant sa situation géographique et climatique, que par sa gastronomie et son potentiel culturel.

Arequipa ville blanche - The Report Earth

Isolée entre déserts et montagnes, à plus de 1.000 km au sud de Lima, Arequipa peut se targuer d’être au centre d’une région exceptionnellement attractive. Dominée par un groupe de volcans, dont l’élégant Misti, aux airs de Mont Fuji, la cité doit son nom à sa situation géographique : d’après ses premiers habitants Aymaras, elle était « l’endroit derrière la montagne pointue », « ARI » signifiant « sommet » et « QUIPA » « situé derrière ». Une autre légende raconte que Mayta Capac, quatrième souverain inca du royaume de Cuzco, conquis par la beauté du lieu, aurait déclaré à ses soldats, eux aussi séduits par le site « Are, quipay », qui l’on traduit par « Oui, restez ! ». Il faut dire qu’avec ses sources thermales, ses canyons parmi les plus profonds de la planète, ces oasis verdoyants, ses volcans toujours en activité et la beauté de ses montagnes, la région a de quoi séduire ! Baignée par trois cent jours de soleil annuel, cette petite ville coloniale attire les routards au long cours, enchantés par la douceur de vivre qui y règne, mais aussi les étudiants en architecture du monde entier. Ses maisons de pierres volcaniques d’un blanc étincelant lui ont ainsi valu le doux surnom de « ville blanche ».

 

Charme colonial et baroque métissé

De son passé colonial, Arequipa a ainsi conservé un superbe centre historique, classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis l’an 2000. Aux maisons en adobe sont peu à peu venues se substituer des maisons coloniales en sillar, une pierre blanche volcanique, qui donne à la ville tout son cachet. Ce matériau léger, thermique et résistant, permet de faire face aux nombreux tremblements de terre qui secouent régulièrement la cité. Murs robustes et épais, arcades et voûtes, cours et espaces ouverts, porches richement décorés… partout l’architecture témoigne du mélange entre les constructions européennes et le savoir-faire des Amérindiens. La complexe décoration des façades, l’ornementation baroque des églises et monastères, et cette richesse architecturale, souvent à la limite du fantasque, sont ainsi un exemple exceptionnel de la fusion créative entre autochtones et peuples coloniaux.
Paisible et hors du temps, Arequipa fait encore et toujours la fierté de ses habitants, ne se présentant jamais comme Péruviens, mais bien comme Arequipeños! Le cosmopolitisme ambiant, fruit de nombreuses migrations, et la situation même de la cité, ont favorisé chez eux l’émergence d’un esprit frondeur et autonome. Au fil des siècles, Arequipa s’est donc forgée une identité à part, devenant le plus important centre intellectuel du pays. Et dans cette ville au charme colonial, tout ici ou presque se visite à pied. Pour prendre le pouls de la ville, c’est à la Plaza de Armas qu’il faut se rendre. A l’ombre des majestueux palmiers, Arequipeños et touristes se prélassent au soleil, face au ballet aérien des centaines de pigeons qui font tourner la tête à Tuturutu, le génie protecteur de la ville perché sur sa fontaine de bronze. Avec ses faux airs des séduisantes plazzas d’Espagne, la Plaza de Armas, est une des plus jolies du pays avec sa couronne d’arcades sur deux étages.

 

Au Nord, ce sont les campaniles pointues et colonnes à chapiteaux corinthiens de la cathédrale qui s’imposent fièrement. Imposante et massive, elle a pourtant été victime de plusieurs tremblements de terre et d’incendies. Reconstruite dans le style néo-Renaissance d’influence française, elle renferme de nombreuses curiosités et notamment la façade bordant la place, qui n’est en fait qu’un décor ! Magistrale et monumentale, elle offre au regard une profusion de détails baroques et un décor riche d’ornementations, à l’instar de la Compañia, une église jésuite de la fin du XVII°s aux cloitres somptueux. Comme dans de nombreuses villes coloniales sud américaines, le nombre d’églises que compte Arequipa est en effet assez impressionnant. Mais l’édifice le plus spectaculaire est sans aucun doute le monastère Santa Catalina, un immense couvent dominicain où un peu moins de 200 nonnes carmélites et leurs servantes vécurent à l’abri de tous, quatre siècles durant. Fondé en 1579 par une riche veuve, l’abbaye accueillait alors, en échange d’une riche dot, des jeunes filles de bonnes familles espagnoles. Ici, point de liturgies lugubres, les demoiselles s’adonnaient plutôt un hédonisme plaisant, organisant des fêtes débridées jusqu’au bout de la nuit. Cette douceur de vivre et l’allégresse de ce passé se ressentent encore dans l’architecture du monastère. Véritable ville dans la ville, il s’étend sur près de 20 000m et donne à voir les influences espagnoles et indiennes de l’époque. Murs de couleurs vives, cloîtres et cellules meublées, places aux fontaines, petits jardins arborés, patios ombragés… L’ambiance méditative et hors du temps qui y règne donne envie de ralentir le pas et de se perdre dans les ruelles infinies dans ce havre de paix. Depuis le belvédère on peut même s’offrir une vue imprenable sur la ville et le capricieux volcan Misti. L’occasion alors de se lancer à l’assaut de la Calle Mercaderes, l’artère piétonne au nord-est de la Plaza de Armas. On y croise ici quelques un des plus beaux édifices de la ville, datant des années 50 : le théâtre municipal, le Banco, Internacional del Peru… Un bel exemple de l’architecture « néo-aréquipienne ».

Pour faire connaissance avec la personnalité la plus en vogue d’Arequipa, Juanita, « la princesse des glaces », c’est au Museo Sanctuario Andinos de Santa Maria qu’il faut se rendre. C’est il y a plus de 500 ans que la momie Juanita, une jeune princesse inca de 14 ans offerte en sacrifice au dieu protecteur de la montagne des Incas, fut découverte intacte au sommet du glacier de l’Ampato. Mais, malgré son âge, elle reste bien conservée !

Cocktails de fruits et jus de grenouille

Marché Arequipa - The Report Earth

Puis en se faufilant à travers le trafic bourdonnant de la ville, on débouche, au milieu d’une pollution à s’en boucher les poumons, sur le Mercado San Camilo, entre les rues Piérola et Peru. La raison de cet incessant va et vient ? L’absence de transports publics et de voitures personnelles : ici, la ville appartient aux taxis ! On s’arrête alors goûter une papa rellena (pomme de terre farcie, typique de la cuisine andine) et une salteña (sorte d’empanada remplie de bouillon) avant de filer dans ce sanctuaire de la gastronomie péruvienne. Dans ses allées colorées et animées, les étals de viandes vendues à mains et à mouches nues côtoient l’allée des fromages et ses fortes odeurs de lait caillé. Plus loin, l’avenue des petits animaux, avec vente de croquettes au gramme et petites laisses à froufrous, joue du coude avec le coin des marabouts qui vous concoctent à la demande des potions de plantes qui peuvent TOUT guérir (sic !). Ici et là, pyramides de fruits et caisses de légumes s’entassent délicieusement, sous l’œil des petites vieilles affairées et imperturbables, L’occasion de découvrir les nombreuses variétés de pomme de terre (au Pérou, il en existe près de 4000 !) ou de goûter à la célèbre Especial, une mixture de fruits, bière noire et œufs, ou bien un jus de grenouille si vous avez des problèmes respiratoires. Autour d’un ceviche ou d’une Chicha Morada (LA boisson du Pérou à base de maïs noir), Aréquipéniens flegmatiques et touristes excités se retrouvent pour le déjeuner dans les quelques gargotes animées. Dans un coin, lapins et cuys attendent leur heure près du barbecue. Au détour d’une ruelle, peut-être tomberez vous alors sur un vendeur de glace…au fromage ! Aussi étonnant que séduisant !

Gastronomie cuisine Arequipa Pérou -The Report Earth

Belle de jour, vibrante de nuit

Peu à peu, le ciel d’un bleu azur laisse place à un magnifique camaïeu de rose, et la ville blanche prend de nouvelle teintes. Dans les patios, se mêlent alors musiques et bavardages : autour d’une verre de Pisco, on boit, on danse, on trinque. Le quartier de la cathédrale et le coin des Calles San Fransisco et Zela, s’animent alors dans une bonne humeur générale. Les soirées se prolongent jusqu’à l’aube, en compagnie d’Arequipeños fiers de leur ville, de leur culture, de leur gastronomie…et de leur bière !
Difficile alors de résister au charme de cette cité animée de jour comme de nuit, moderne et historique, une ville où il fait bon vivre… pour un jour ou pour toujours !

Nuit Arequipa ville blanche- The Report Earth.


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