Rescapée Rohingya dans un camp camp d’accueil provisoire en Indonésie© Roni Bintang : Reuters

Birmanie : Silence, on massacre des musulmans

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Birmanie : Silence, on massacre des musulmans

Il ne fait pas bon être musulman en Birmanie… Discriminations, expropriations, travaux forcés, tortures, arrestations, etc, : le peuple Rohingyas, une minorité musulmane, est la cible de nombreuses violences communautaires. Une situation dramatique qui se trame actuellement sous nos yeux, dans la plus grande indifférence.

Les Rohingyias, un génocide à huit-clos ©Soe Zeya Tun /Reuters

Les Rohingyias, un génocide à huit-clos ©Soe Zeya Tun /Reuters

C’est dans l’état birman de l’Arakan, au sud-ouest du pays, frontalier du Bangladesh, que vivent 1,3 million de Rohingyas,. Si eux se considèrent comme descendants de commerçants arabes, turcs, bengalis ou mongols du XV° siècle, le gouvernement lui, estime qu’ils auraient migré depuis le Bangladesh de façon illégale lors de la colonisation britannique. Et depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, la majorité accuse ce peuple de tous les maux.

Les Rohingyas, un peuple apatride

A l’origine de ces persécutions, une loi datant de1982, instaurée par la dictature qui a imposé le bouddhisme comme religion d’Etat. En retirant ainsi la citoyenneté aux Rohingyas, le régime a tout bonnement fait d’eux un peuple apatride, sans identité légale et sans droits. Une véritable campagne de purification ethnique amorcée par le redoutable Ne Win, mais froidement perpétuée par le président sortant Thein Sein. Après plus de trente ans d’exactions, ils seraient aujourd’hui moins de 800.000 dans un pays de plus de 51 millions d’habitants. Un constat alarmant mis en lumière par l’ONU, qui considère les Rohingyas comme le peuple le plus persécuté au monde.
Parallèlement, la Birmanie est aussi confrontée à la montée d’un bouddhisme radical incarné par le mouvement MaBaTha, et mené par le moine bouddhiste extrémiste Ashin Wirathu qui diffuse un discours de haine de plus en plus violent à l’encontre des musulmans: « . Son cheval de bataille? « Préserver notre religion et notre race est plus important que la démocratie ». Ce religieux islamophobe assure vouloir «protéger l’identité bouddhiste», alors que les musulmans représentent moins de 5% de la population…

Génocide des Rohingyas, Birmanie - Une du Times en Juillet 2013

Une du Times en Juillet 2013 – Wirathu, chef de file du Ma Ba Tha, mouvement de moines bouddhistes extrémistes

2012, le tournant

En 2012, la crise s’accélère et ce racisme d’état vire au véritable nettoyage ethnique dans l’Arakan. Le point de départ ? Un Rohingya est accusé du viol d’une Birmane. La machine s’enraille et tout semble accuser le régime birman et de nombreux moines bouddhistes. Destructions de mosquées et de villages, vagues d’arrestations arbitraires, esclavage et violences, stérilisations forcées, refus de soins, viols et tortures sexuelles… les discriminations s’intensifient, et bien souvent dans l’indifférence la plus totale. Le 23 Octobre 2012, c’est la commune de Mrauk-U qui est visée : au moins 70 Rohingyas ont été massacré en une journée dans le village de Yan Thei, Des émeutes intercommunautaires éclatent dans l’Etat Rakhine, faisant plus de 200 morts, principalement des victimes musulmanes.

Exode d’une population chassée de son propre pays

Et aujourd’hui les discriminations se poursuivent en toute impunité : expropriés et chassés du Nord-Est de la Birmanie, ils sont désormais interdits de travailler, de se marier, d’étudier. La plupart se retrouvent donc parqués dans des camps, souvent privés de soins, tandis que les autres sont reclus dans leurs villages, contrôlés par des policiers. Autour de Sittwe, la capitale d’Arakan, près de 140.000 personnes vivent entassées sur 26km2 dans une extrême pauvreté.

Soldat en patrouille dans un quartier brûlé lors des violences à Sittwe, Juin 2012 @Reuters

Soldat en patrouille dans un quartier brûlé lors des violences à Sittwe, Juin 2012 @Reuters

Chaque année, des milliers de Rohingyas fuient ces exactions en faisant appel à des passeurs pour tenter de rejoindre la Thaïlande, la Malaisie ou l’Indonésie. Entre janvier et mars 2015, ils étaient 25.000 à avoir pris la mer, soit près du double par rapport à l’an dernier. Mais après avoir passés des jours, des semaines, voire des mois entassés dans des bateaux de fortune, ils se retrouvent souvent prisonniers de trafiquants qui les réduisent en esclavage. Et alors que la communauté internationale commence à se révolter contre les dirigeants, la Thaïlande a récemment décidé de combattre ce phénomène en mutant plus de 50 policiers dans la province de Songhla, récemment secouée par la découverte d’un charnier de 26 corps dans un camp de trafiquants.
Après s’être attirés la foudre de l’ONU et de nombreuses organisations humanitaires en refoulant vers le large les navires de migrants, les gouvernements de la région, ont eux aussi entrepris de les secourir et de leur offrir un accueil temporaire. Mais selon les Nations Unis, des milliers de personnes seraient encore en perdition en mer.

Rohingiyas à la dérive près de Koh Lipe en Thaïlande ©Christophe Archambault/AFP

Rohingiyas à la dérive près de Koh Lipe en Thaïlande ©Christophe Archambault/AFP

Un constat alarmant

En Novembre dernier, la Birmanie connaissait des élections historiques, porteuses de nombreux espoirs pour la situation du pays, resté près de 25 ans aux mains de la junte militaire. Des élections pourtant pas si libres puisque les Rohingyas étaient encore une fois les grands absents de cette campagne législative, et une cinquantaine de candidats ont été disqualifié, dont beaucoup originaires de l’Etat Rakhine.
Très attendue sur la question, la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi, reste encore très évasive sur la crise qui est en train de se jouer et minimise les persécutions dont sont victimes les Rohingyas. Selon elle, «le pays tout entier est dans un état dramatique, pas seulement l’Etat Rakhine». Oui, il n’est pas bon de froisser les moines bouddhistes nationalistes du pays… ! Et tandis qu’elle appelle à « ne pas exagérer » ce drame, l’université américaine de Yale témoigne, dans un rapport publié en Novembre dernier, avec de « solides preuves » à l’appui, d’un «génocide» en cours à l’encontre de cette minorité musulmane. La communauté internationale s’insurge peu et peu et appelle désormais à l’action : «la situation en état Rakhine des Rohingyas apatrides est vraiment désastreuse. Et la réponse de Aung San Suu Kyi aujourd’hui était vague alors que la situation exige une action décisive et coordonnée», a regretté David Mathieson,de l’ONG Human Right Watch.

Des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu sont bien en cours mais la communauté internationale doit faire pression pour mettre un terme à cette situation sordide, orchestrée dans un seul but : éliminer les Rohingyas. Une morte lente mais sûre que l’on doit empêcher, au nom du respect de l’homme, des cultures, des religions. Au nom de l’humanité.


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