ferme organique Vang vieng , the report earth

Ferme organique de Phoudindaeng, un modèle d’engagement social

Partagez
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

A 4km du centre de Vang Vieng, la ferme organique Phoudindaeng Farm est un modèle d’utilisation ingénieuse et raisonnée des ressources naturelles. Fondée par Mr Thanongsi Soangkoun, cette ferme biologique utilise des engrais naturels et des méthodes traditionnelles, là où les engrais chimiques et la déforestation ont déjà ruiné la terre et l’éco-système local. C’est en 1996 que “Mr Tea” planta ses premiers pieds de mûrier, il cultive depuis plus de 200 espèces de plantes sur une dizaine d’hectares le long de la rivière et des montagnes.
Rencontre avec un homme hors du commun, qui s’investit corps et âme pour le développement de sa région natale.

Mister T interview , ferme organique Vang vieng , the report earth

Comment est née cette idée de ferme biologique ?

Au Laos, la vie des villageois est intimement liée à la nature, ils vivent essentiellement de l’agriculture et de la forêt. Le problème, c’est que la gestion de ces ressources n’est absolument pas contrôlée, les entreprises chinoises qui ont racheté les terrains alentours utilisent de nombreux pesticides et herbicides qui se propagent sur les terrains voisins, et détruisent l’environnement local. Le développement du tourisme en ville a fait fuir de nombreux agriculteurs et ceux qui sont restés ne sont pas du tout organisés et ne peuvent donc envisager une gestion durable de leurs ressources. Ce manque de connaissances et de coordination ne leur apporte que des revenus faibles et irréguliers. Il était donc nécessaire de les sensibiliser à des démarches alternatives, en introduisant des méthodes de culture biologique pour envisager un avenir différent.

ferme organique Vang vieng , the report earth

Quels sont les objectifs et valeurs portés par ce projet?

C’est un projet alternatif, on veut montrer aux villageois que ces techniques sont faciles à faire soi-même, que l’on n’est pas obligés d’être dépendant de quelqu’un pour vivre. On leur explique qu’il est possible de produire de façon saine, rentable et autonome. Cela permet d’assurer à chacun un revenu digne mais aussi d’offrir aux enfants du village une éducation et une hygiène de vie normale. On peut ainsi mettre à disposition des revenus intéressants pour les villageois, et organiser de nombreux projets sociaux pour la communauté. La ferme est seulement un intermédiaire, nos objectifs restent avant tout l’éducation à l’agriculture biologique et l’appui de la communauté locale.

Quel est le message que vous donnez aux locaux?

Les villageois manquent d’informations et se fient souvent aux indications qu’on nous rabâche : on nous dit de consommer du sucre de palme, parce que la stevia serait dangereuse, c’est surtout qu’ils n’en connaissent pas les bienfaits, du coup, beaucoup ont développé des maladies dues à une surconsommation de sucre. Idem pour l’huile de palme, alors que la graisse de porc est sans danger et locale ! Nous voulons apprendre aux enfants et adultes à s’auto-suffire et produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin. C’est un travail d’éducation et non de donation, car donner c’est bien, mais apprendre à faire c’est mieux ! C’est en introduisant ces nouvelles techniques dans le quotidien des villageois qu’ils pourront apprendre à vivre en toute autonomie.

Comment fonctionne la ferme au quotidien ?

ferme organique Vang vieng , the report earth

Comme toutes les exploitations biologiques, nous utilisons au mieux les ressources de nos productions. Les feuilles de mûrier servaient à nourrir les vers à soie que l’on avait auparavant, mais elles deviennent aussi un délicieux thé vert aux propriétés curatives. Nous cultivons également des fruits, comme les caramboles, pour confectionner des confitures et liqueurs, vendues aux restaurants. On montre ainsi aux villageois différentes façons de transformer et de conserver les surplus agricoles. Un double bénéfice, puisque la transformation de ces produits permet d’engendrer un supplément de revenus pour les villageois. La ferme embauche aujourd’hui une trentaine de personnes (journaliers et permanents) pour entretenir les plantes, veiller sur les animaux, gérer les deux restaurants bios…

En effet, plus qu’une ferme, il s’agit d’une véritable pépinière de projets !

ferme organique Vang vieng , the report earth

En complément des activités agricoles et d’élevage, l’objectif premier est avant tout d’aider les communautés villageoises environnantes. Grâce aux revenus de la ferme et du tourisme, on a pu développer plusieurs projets, mais toujours basés sur l’éducation. Nous avons proposé aux agriculteurs de se regrouper en coopératives, cela permet de leur assurer un meilleur revenu et de les former aux techniques d’agriculture biologique et durable. Entre la construction d’un centre communautaire pour les différentes ethnies locales, la création d’une pépinière où l’on fournit gratuitement des boutures aux paysans, ou encore l’ouverture d’un centre informatique pour les enfants, nous travaillons sur beaucoup de projets sociaux et écologiques. On essaie ainsi d’éduquer les villageois sur le respect de l’environnement en leur expliquant comment faire du recyclage et réduire leurs déchets industriels. En 2003, nous avons ainsi entrepris, avec les villageois, la construction en boue séchée du centre communautaire de Phoudindaeng, mais aussi d’une bibliothèque, de maisons… Nous vivons sur des collines d’argile, alors pourquoi ne pas l’utiliser pour construire quelque chose de bien et montrer aux villageois qu’ils ont tout ce dont ils ont besoin à disposition ! Notre travail est donc avant tout éducatif : nos équipes donnent ainsi des cours d’anglais et mènent différents programmes gratuits pour les enfants défavorisés, en lien avec l’ONG Equal Education for All, mais proposent aussi des cours de prévention sur la nutrition, l’hygiène, etc à tous les villageois.

Comment ces enfants accèdent-ils à l’éducation ?

ferme organique Vang vieng , the report earth

Ici, il n’y a pas d’école secondaire, la plus proche se trouve à Vang Vieng, or avant, les enfants n’avaient aucun moyen de locomotion pour s’y rendre. Et la route n°13 est très dangereuse. On a donc trouvé des vélos d’occasion pour les enfants, mais évidemment tout le monde n’avait pas la chance d’en recevoir un. Alors on a transformé un camion en bus d’école gratuit pour le ramassage scolaire ! Le problème, c’est que les enfants ne pouvaient pas retourner manger chez eux le midi, et bien souvent les parents leur donnaient seulement un peu de riz gluant, mais ça ce n’est pas de la nourriture pour vivre, c’est de la nourriture pour survivre ! Les enfants sont en plein développement, ils ont besoin de calcium, de vitamines, etc…. Que l’on trouve dans le lait !

C’est d’ailleurs ce qui fait la particularité de cette ferme : vous produisez du fromage de chèvre… en plein cœur du Laos !

ferme organique Vang vieng , the report earth

C’est un volontaire belge, Eric Maes, propriétaire d’une ferme dans le sud de la France, qui a eu cette merveilleuse idée : les feuilles de mûrier, dont nous disposions en abondance, sont réputées pour leur excellente valeur nutritive, idéales pour le bétail donc. Comme les races locales sont trop petites pour une production laitière, il décida, en 2004, de m’offrir cinq chèvres – quatre femelles et un mâle -, envoyées par avion depuis Paris jusqu’à Ventiane ! L’idée était d’importer des races françaises Alpines dans la région et de produire des fromages et yaourts de chèvre. Nous voulions ainsi permettre aux enfants défavorisés de consommer des produits laitiers, et si les laotiens n’en sont pas vraiment friands, cela nous permet d’améliorer la ration alimentaire des écoliers grâce à la vente des fromages.

Comment les volontaires participent-ils aux différents projets ?

Les volontaires vont proposer différents programmes éducatifs gratuits aux enfants et jeunes du village, comme des cours d’anglais par exemple. Ils aident aussi les équipes locales à se former aux nouvelles technologies et peuvent les initier à une compétence spécifique, en leur expliquant par exemple comment mettre en place l’électricité mais surtout les précautions à prendre. Ils apportent aussi de la main d’œuvre pour le travail à la ferme mais ils sont surtout vecteurs de nouvelles idées. Chaque voyageur est aussi l’occasion pour les locaux d’échanger sur ses expériences, de partager des connaissances et méthodes d’agriculture. Les volontaires ont très envie d’aider, mais ils sont aussi curieux d’apprendre : certains d’eux, mais me demande, à moi, comment fabriquer du fromage de chèvre ! Ce sont ces instants de partage qui sont précieux.

Quel est l’avenir de la Phoudindaeng Farm? Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Depuis 20ans, Phoudindaeng Farm suit une logique de développement durable dans l’espoir de devenir un modèle économique pour les villageois de la région. Au fil des années, nous avons su élargir nos actions et nous nous appliquons jour après jour, à devenir un modèle d’engagement social et d’exploitation agricole reproductible pour les agriculteurs voisins. Nous travaillons sur 17 villages, et on ressent un véritable engouement des locaux, soucieux de découvrir nos projets, il y a une réelle curiosité et envie d’apprendre.
Plusieurs centaines de visiteurs viennent aussi, chaque année, découvrir, aider et encourager le projet. Nous avons également reçu le soutien d’ONG internationales qui proposent à des villageois de se former dans notre ferme. L’université dentaire de Madrid, en partenariat avec l’hôpital local, envoient aussi deux fois par an ses étudiants dans nos villages pour mettre en pratique leurs compétences et soigner les habitants. La ferme est devenue un lieu d’échanges pour tous, et je m’en réjouis. J’ai encore plusieurs projets en tête, comme la plantation de bambous dont les pousses sont comestibles et le bois utilisable pendant deux ans. Nous aimerions surtout pouvoir embaucher davantage d’employés, des locaux prêts à apprendre ces techniques de culture biologique et faire de ce lieu un véritable pôle de développement de la région.

ferme organique Vang vieng , the report earth

Contact
Thanongsi Solangkoun
Vangviang Organic Farm
PO Box 253, Vang Vieng, Laos
International Telephone:
(mobile) + 856 – 20 – 5909 – 132
(home) + 856 – 23 – 511 – 220
laofarm@hotmail.com
http://www.laofarm.org


Partagez
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
1Comment
  • Isabelle champie
    Posted at 19:03h, 31 janvier Répondre

    Superbe reportage et superbe initiative que cette ferme organique ! Bravo de nous montrer ces aperçus inhabituels des pays que vous traversez 🙂

Post A Comment