La Paz, beauté schizophrène

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C’est par une visite de la Paz, plus haute capitale du monde (3660m) que commence généralement un voyage en Bolivie. Nichée entre la Cordillera Real, la Valle de la Luna et les pics de l’Illimani, cette ville tentaculaire étourdit tant par son altitude que par sa singulière beauté.

La Paz, Bolivie - The Report Earth

Immense, démesurée et chaotique

On ne peut pas vraiment dire que La Paz soit une jolie ville. Immense oui, démesurée et chaotique sans aucun doute. Véritable fourmilière, cette étonnante cité du XXème siècle, encore très hispanique, vit aujourd’hui au rythme d’une anarchie ambiante. La Paz, c’est presque deux millions d’habitants, une circulation infernale aux bouchons infinis, des rues défraichies et poussiéreuses, mais c’est aussi des marchés bariolés et animés, des panoramas imprenables, des magasins aux stocks désordonnés, et une communauté très diversifiée.

La Paz, Bolivie - The Report Earth

Semblant sortir de terre, les habitations de brique rouge-marron grimpent aux parois du canyon et jouent du coude pour se faire une place. Engouffrées dans cette alcôve naturelle, elles remontent jusqu’au plateau désertique où se sont développés les quartiers pauvres. Ici, aucune maison ne semble terminée en raison des taxes d’habitations qui ne deviennent effectives que lorsque la construction du bâtiment est intégralement achevée. Dans le quartier populaire d’El Alto, beaucoup de Paceños ne terminent donc pas totalement leur maison pour éviter de payer les impôts fonciers! C’est ainsi la seule ville au monde où il faut monter pour descendre dans les bas quartiers : au lieu de se percher sur les hauteurs pour dominer la ville, les familles aisées se réfugient tout en bas, dans les contreforts de la cité. Pourtant l’arrivée par les hauteurs dans ces faubourgs populaires est époustouflante : ici et là des miradors offrent une vue incroyable sur les nevados Huayna Potosi et Chacaltaya, en contrebas, les bâtisses fatiguées s’agrippent tant bien que mal dans cette gorge enclavée, partout les indiens Aymaras s’entassent dans ce quartier devenue ville à part entière suite à sa croissance constante. C’est depuis le téléphérique qui unit depuis mai 2014 la capitale administrative bolivienne à sa voisine El Alto, que l’on prend pleine mesure de ce chaos urbain. Difficile alors de ne pas s’extasier face au panorama qui s’offre à nous ! Avec cette situation exceptionnelle au beau milieu des Andes, La Paz est une ville à la fois captivante et déconcertante.

Véritable fourmilière

Partout, à chaque coin de rue, des étals. Nourriture, bibelots en tout genre, fringues et autres contrefaçons, tout est déballé en plein air sur les chaussées souvent défoncées. Et à chaque rue sa spécialité : la rue des pneus de voiture, la rue des meubles, la rue des instruments de musique, la rue pour la robinetterie, celle pour les bouches d’égout, etc. Et même le coin de la sorcellerie avec le fameux marché des sorcières, facilement reconnaissable avec ses fœtus de lamas et autres cadavres d’animaux suspendus aux échoppes. Il paraît qu’en enterrer un avec la première pierre de sa maison porte chance ! Au mercado de Hechiceíra, vous trouverez donc tout ce qu’il vous faut pour jeter un mauvais sort (ou un bon !) : pierres précieuses, poudres magiques, aphrodisiaques … Les plus superstitieux pourront même se faire dire la bonne aventure par des Yatiris (prêtres traditionnelles du culte aymara)

Foetus lama, La Paz, Bolivie - The Report Earth

Marché à ciel ouvert

Plus haut, dans le quartier d’El Alto, c’est au «marché des voleurs » – le mercado 16 de Julio-, que se retrouvent tous les weekends, les vendeurs à la sauvette dans un gigantesque bazar de rue qui couvre pas moins de trente rues de long et trente de large. A La Paz, véritable marché à ciel ouvert, tout se négocie, du briquet à la noble étoffe. Un véritable capharnaüm où les vendeurs ambulants et marchés de quartier redonnent sens au commerce de rue. Les hommes d’affaires en costume cravate, portables greffés à l’oreille, y côtoient les cireurs de chaussures cagoulés et jeunes écoliers en uniforme, tandis que les midinettes à la dernière mode occidentale battent le pavé aux côtés des « cholitas » en costume traditionnel des Andes, le fameux chapeau melon vissé sur la tête. La Paz, porte de la Bolivie pour beaucoup, est une ville de contraste, de métissage, subtil mélange de tradition et de modernité. A l’instar des désormais célèbres combats de lutte entre cholitas, dans l’arène d’El Alto. Imaginez le spectacle : une cholita en jupe à froufrous brisant une poterie sur la tête d’une autre, ou se servant d’une naine à chapeau melon pour vaincre son adversaire ! Les légumes pourris volent dans le gymnase, les boliviens rient aux éclats, pouce en l’air pour noter le combat, sous les cris enragés de ces lutteuses tressées. Un coup de minibus poussif et 1000 mètres de dénivelé plus tard et l’on se retrouve dans un autre décor, un paysage urbain étourdissant, qui fait de cette sorte de grande cuve à ciel ouvert une ville comme on en trouve nulle part ailleurs.

Cholitas, La Paz, Bolivie - The Report Earth

Randonnée en altitude

Bruyante et fiévreuse, c’est une ville qui demande du temps, tout d’abord pour s’acclimater à l’altitude mais aussi pour en découvrir les multiples visages. En témoigne le théâtre permanent des embouteillages dans ses artères infinies. Pour faire régner l’ordre dans ces ruelles étroites, la mairie a embauché de jeunes adolescents en difficulté, placés à toutes les intersections pour essayer d’insuffler un peu de discipline routière à ces Paceños pressés. Leur particularité ? Ils sont déguisés en zèbre. Inutile de préciser la surprise lorsqu’une peluche géante vous propose de traverser la route…! Car malgré son anarchie ambiante, La Paz est une cité qui s’arpente en long, en large et en travers; mais surtout à pied… A travers les nuages noirs que lâchent les tacots essoufflés en côte ! Et si grimper ses rues escarpées relève vite d’un véritable défi physique, il est impossible de rester impassible à la vue de cette agglomération surréaliste, agrippée aux nuages, si différente des capitales latino-américaines.

Manger un filet de lama ou d’alpaga, se faire assaillir par des pigeons place Murillo, visiter le cimetière et ses interminables allées de casiers en verre, acheter une bouteille de plongée alors qu’il n’y a pas de mer, déguster du Singani – liqueur nationale de la Bolivie-, voir des mamas boliviennes se crêper le chignon… Tout est possible dans cette cité perchée ! Demander son chemin à un Bolivien, c’est risquer d’être promené à travers cette ville tentaculaire, d’un point à un autre, avec autant de panoramas spectaculaires qui jaillissent au hasard d’un croisement. La Paz, ses marchés colorés, ses flopées de musées, sa gastronomie étonnante, la beauté brute de ses paysages, les merveilles de ses environs, méritent sans aucun doute davantage qu’une simple halte. C’est les pieds sur terre, mais la tête dans les nuages, que l’on quitte cette ville avec un sentiment d’immensité et de vertige propre à cette cité où tout semble marcher à l’envers.


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