Dauphins Irrawady, The Report Earth

L’avenir critique des dauphins d’Irrawaddy

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La mort récente de l’un des six dauphins de l’Irrawaddy restants dans le fleuve du Mékong au Laos ne fait qu’accentuer dangereusement la situation de l’espèce, déjà en réel danger. WWF parle désormais d’une population arrivée à un stade critique.

Une espèce vénérée et menacée

Gris et discret, le dauphin d’Irrawaddy vit aussi bien dans l’eau douce que dans l’eau salée. Si on l’assimile souvent à l’orque avec son nez court et plat, il est le descendant d’animaux pris en otage à l’intérieur des terres par le recul des océans, il y a de ça plusieurs dizaines de milliers d’années.
Vénéré par les Cambodgiens, qui le considèrent comme la réincarnation d’êtres humains, il soulève de nombreuses légendes. Selon un mythe populaire, une jeune fille poursuivie par les forces du mal se serait réfugiée dans le Mékong ; le fleuve ayant entendu ses craintes et prières l’aurait alors métamorphosée en une créature de la rivière pour la protéger et la laisser vivre en paix. C’est ainsi, racontent les habitants de la région, que sont nés ces dauphins.
Mais depuis 2004, cette espèce, également appelée « Dauphin du Mékong », est inscrite sur la liste des espèces menacées établie par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN).

L’avenir critique des dauphins d’Irriwady, Cambodge, Laos, Kampi, The Report Earth - Lor Kimsan :WWF Cambodia

Sur les doigts de la main

Le 1er avril dernier, des villageois cambodgiens ont découvert la carcasse d’un dauphin, dans la province de Stoeng Treng, au nord du Cambodge, près la frontière avec le Laos. Alors qu’il ne restait que six dauphins recensés dans cette partie du fleuve, la mort de ce dernier vient diminuer la faible population de cette espèce. Selon le Phnom Penh Post, il s’agit d’une femelle de 200kg, qui devait avoir entre 26 et 30 ans. D’après les experts, l’animal ne présentait aucune contusion ou blessure et serait décédé de causes naturelles. Pourtant, sa disparition apparaît comme un échec terrible pour les habitants de la région qui tentent en vain, de protéger cette espèce.
En cause, une mortalité des bébés inexplicablement élevée, la destruction de leur habitat, la consanguinité et les maladies, mais surtout les filets maillants. Principal risque pour ce mammifère, ces filets déployés verticalement pendant une longue période, sont conçus pour que la tête des poissons reste coincée dans les mailles. D’après Gordon Congdon, spécialiste de la vie en eau douce chez WWF, ils sont «la plus grande des menaces» et malgré leur interdiction, les habitudes ont la vie dure, et ne font qu’aggraver la situation déjà dramatique des dauphins de l’Irrawaddy – répondant aussi au doux surnom de « visage souriant du Mékong ».

L’avenir critique des dauphins d’Irriwady, Cambodge, Laos, Kampi, The Report Earth - WWF Cambodia

© AFP – WWF Cambodge – Un homme en train d’enlever un filet de pêche emmêlé autour d’un dauphin, le 16 décembre 2005, à Kratié au Cambodge

Selon le gouvernement cambodgien, près 180 de ces dauphins vivraient dans les eaux du Mékong, un chiffre hautement contesté par WWF qui estime la population à seulement 85, évoluant sur environ 190 km, entre la frontière Laos-Cambodge et la ville de Kratie au Cambodge. Depuis 2011, toujours selon le groupe de conservation, c’est le vingt-huitième dauphin à avoir trouvé la mort, dont cinq rien qu’en 2015. « C’est un moment très triste dans la diminution de la population de ces dauphins« , a déclaré Thomas Gray, gestionnaire du Programme Espèces du Grand Mékong du World Wild Fund (WWF), dans un communiqué publié sur Thedodo.com. « Et c’est un autre avertissement concernant l’espèce qui est confrontée à un risque grave d’extinction à travers le Mékong », ajoute-il.

Des mesures pas toujours respectées

Pourtant des mesures ont été prises, et les autorités locales mesurent aujourd’hui la gravité de la situation.En août 2015, une zone de protection de 180 km de long, de la ville de Kratie à la frontière laotienne, a été crée. Si la pêche y reste autorisée, certains outils, comme les filets maillants et les cages, sont absolument interdits. Une mesure que s’appliquent à faire respecter de nombreux gardes en patrouilles, parcourant le fleuve à la rame dans la province de Kratie, à l’est du Cambodge dans des bateaux de bois.
Si des efforts de conservation sont entrepris pour sauver le mammifère d’eau douce si populaire, le combat des autorités cambodgiennes face aux menaces qui pèsent sur cette espèce reste difficile.Et au delà des craintes liées à l’avenir de cet animal, ces disparitions nourrissent également des inquiétudes en termes d’économie et de tourisme, les dauphins de l’Irrawaddy attirant plus de 30.000 touristes chaque année. Les balades en bateau et souvenirs liés aux dauphins générant elles aussi des revenus non négligeables. Néanmoins, tout le monde n’y trouve pas son compte et ces filets pourtant meurtriers sont malheureusement un moyen pour beaucoup de cambodgiens de subvenir à leurs besoins.Là réside la complexe équation entre pauvreté et préservation des espèces naturelles…

Dauphins Irrawady, The Report Earth

©Mavic Matillano/WWF

Quelles solutions pour quel avenir ?

Le développement d’activités alternatives comme l’écotourisme est donc primordial. Ainsi, WWF travaille en étroite collaboration avec le gouvernement et des ONG locales pour développer l’aquaculture, l’élevage ou l’écotourisme. Aujourd’hui près de 37 villages, accueillent des projets de ce genre et s’engage à respecter leur environnement, pour le bien de l’espèce mais aussi de leur économie.
Mais les projets de construction de 11 barrages sur le bassin inférieur du Mékong, principalement au Laos, continuent tout de même de préoccuper WWF. Le Fond Mondial pour la Nature craint que les explosifs utilisés pour leur construction n’endommagent l’appareil auditif des dauphins, lequel est très sensible et leur permet de s’orienter. Le barrage de Don Sahong, près de la frontière cambodgienne, sera ainsi situé à seulement un kilomètre de l’habitat des mammifères et risque de bloquer une route de migration des poissons nécessaires à l’alimentation des dauphins. L’économie a ses raisons que l’environnement ignore…

L’avenir critique des dauphins d’Irriwady, pêcheurs Mekong - The Report Earth

Alors pour sauver ces mammifères d’eau douce qui n’existent plus que dans trois rivières dans le monde, des efforts de tous sont nécessaires. Mais il ne suffit plus de punir, il faut prévenir et envisager des solutions alternatives, pour faire comprendre la gravité de la situation et les sinistres répercussions dans le quotidien de chacun, au delà de l’aspect environnemental. Pourtant, dans ce tableau noirci, une lueur d’espoir subsiste : d’après WWF Cambodge et le département de l’administration des pêches, le taux de mortalité des dauphins d’Irrawaddy serait aujourd’hui en recul. Ce ralentissement du déclin des cétacés est le fruit des efforts fournis par les populations et autorités locales. Un constat qui permet de mesurer l’importance de coordonner les efforts et initiatives de chacun pour assurer à tous un avenir meilleur. …


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