Laguna Colorada, Uyuni - The Report Earth

[Récit de voyage] Salar d’Uyuni, entre sel et terre

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Des paysages entre sel et terre à donner le vertige, de véritables merveilles naturelles, une aventure de trois jours en 4×4 à travers l’Altiplano bolivien… les road trips dans le Sud de la Bolivie enchaînent coups de cœur et émotions fortes. Bienvenue dans le plus grand désert de sel au monde !

Uyuni Sud Lipez, Bolivie - The Report Earth

Un patrimoine préservé et protégé

Irréel, mirifique, spectaculaire… les qualificatifs ne manquent pour désigner le mythique désert de sel bolivien. Et celui qu’on appelle parfois le Ténéré Blanc est aujourd’hui une étape incontournable pour les routards du monde entier. Certains ne voient d’ailleurs que ce site en Bolivie. Car c’est peut-être ici que l’on traverse les plus beaux paysages des Andes : du blanc à perte de vue, des paysages désertiques ponctués de somptueuses lagunes, des symphonies de couleurs à couper le souffle, des scènes trompe-l’œil déconcertantes… Destinations touristiques très à la mode, le Salar d’Uyuni et la région du Sud Lipez n’en restent pas moins des espaces très protégés et bien conservés des effets pervers du tourisme de masse.

Avec ses 12 500km2, le Salar d’Uyuni, vestige du Lago Minchín, qui occupait jadis tout l’Altiplano, est le plus grand désert de sel au monde. Situé dans le département de Potosí au sud-ouest de la Bolivie, le Salar est encore une région enclavée, quasi-désertique. Et sa surface étincelante aux allures de banquise recouvre près de 40 mètres de couches de sel et de glaise ! C’est sous cette énorme de croûte de sel que se trouveraient plus de la moitié des réserves mondiales de lithium (précieux métal et composant essentiel des batteries de voitures électriques et produits électroniques) : 5, 5 millions de tonnes de lithium exploitables sur les onze millions de tonnes que comptent la planète…! Très convoitée, la future exploitation industrielle du lithium fait donc l’objet de grandes manœuvres de la part du gouvernement et de nombreuses multinationales. Si le marché des voitures électriques vient à exploser, ce site deviendrait une véritable mine d’or pour la Bolivie et une source d’espoir pour ceux qui vivent aux abords du désert ! Pour l’heure, c’est le sel qui y est modestement exploité par des familles pauvres provenant de Tahua et de Colchani. Voilà une région bien mystérieuse qui réserve donc de belles surprises…!

Aventure dans l’altiplano

Mais avant de se lancer à l’aventure, il est important de bien se préparer et de faire appel à une agence fiable (guide-chauffeur-mécanicien compétent, eau et nourriture en quantité suffisante, vêtements chauds…). Car cette terre volcanique ne se laisse pas apprivoiser si facilement : ici, chaque paysage se mérite ! Départ de San Pedro, à bord d’un 4×4 et d’un équipage Franco-Canadien-Américain, le jeune Milton aux commandes de la Suzuki! Les sacs harnachés sur le toit, réserves d’eau, dignes d’un convoi du Paris-Dakar, stockées à l’arrière de la voiture, Cuenca bolivienne en fond sonore, nous nous enfonçons gentiment dans cet enfer de sel.

Laguna Blanca, Uyuni Bolivie - The Report Earth

Premier arrêt à la Laguna Blanca, une immense étendue où montagnes et volcans alentours se reflètent en somptueux miroirs dans l’eau étincelante. Au cœur de la Réserve National Eduardo, nous atteignons la pointe de la Bolivie. Aux pieds du volcan Licancabur, à près de 4300m d’altitude, la Laguna Verde, s’impose à nous dans un vert flamboyant. Une couleur liée à son importante concentration en carbonate de plomb, de souffre, d’arsenic et de calcium. Si certains évoquent un éclat ternissant (dû à la prolifération d’algues), nous en retiendrons un paysage sublime, balayé par une brise fouettant doucettement la surface de l’eau.

Dans la Jeep, l’ambiance s’échauffe, et ce malgré, le vent glacial qui nous saisit à chaque arrêt. Quelques dizaines de kilomètres sur une route rocailleuse et nous nous retrouvons au beau milieu du Desierto de Dali, près du Salar de Chalviri. Un décor aride et désertique aux couleurs surnaturelles qui doit son nom à sa ressemblance avec les tableaux du peintre catalan. Elégantes concrétions rocheuses taillées par le vent, festival de couleurs chaudes, jardins japonais avec des pierres sphériques de plusieurs tonnes… ce paysage cosmique est certainement un des plus beaux déserts au monde.

Puis direction les Geysers Sol de Mañana : d’immenses cratères, crachant dans un grognement assourdissant des fumerolles gris et bleutés (l’eau pouvant atteindre 200°C !). L’odeur de souffre est prégnante, le spectacle ahurissant.

Geysers Uyuni - The Report Earth

Après avoir crapahuté dans la pampa bolivienne, au milieu des lamas et viguñas broutant paisiblement, nous atteignons la Laguna Colorada, ce mythique lac salé rouge vif, cerné de volcans. Les flamands de James, ces échassiers au plumage rose, se pavanent paisiblement au milieu de la lagune. Véritable sanctuaire pour ces oiseaux migrateurs, la lagune doit sa couleur chatoyante aux algues microscopiques – joyeux festin des flamands roses – qui, en réaction à la lumière, transforme le lac en vaste étendue rose-orangée.

Laguna Colorada, Uyuni - The Report Earth

Du blanc, à perte de vue

Sous nos yeux ébahis, les paysages défilent : Laguna Honda, Laguna Charcota, Laguna Ramaditas, Laguna Cañapa, Salar de Chiguana… Et toujours cette même impression de plénitude, de petitesse. Le soir, c’est dans un hôtel de sel à San Juan que nous passerons notre dernière nuit dans l’enfer blanc. Réveil à 4h30, il fait nuit et froid. Très froid. Les sacs hissés et bâchés sur le toit, nous nous agglutinons dans la jeep. Le bolide s’enfonce à toute allure dans le désert. Peu à peu, le soleil éclaire ce paysage incroyable : les montagnes disparaissent et la terre se dérobe pour laisser place à une gigantesque étendue de sel. Nous y sommes. Du blanc, du blanc à perte de vue. Au loin pour marque l’horizon, se détache l’ocre des montagnes, entre ciel et terre. La ligne d’horizon est tellement nette qu’elle dessine avec poésie la courbe de notre planète. Le silence, rompu seulement par le souffle du vent, s’impose.

Salar Uyuni Sud Lipez - The Report Earth

Au sol, des résurgences de sel dessinent des formes hexagonales au graphisme étonnant. C’est la lente évaporation de ce « lac résille » qui entraine la formation de ces prismes se répétant à l’infini. La lumière rasante du soleil met en relief ces craquelures poudreuses et cristallines, et brouille les perspectives. Le soleil tape fort, très fort. A perte de vue, le Salar, somptueux, déroule son tapis éblouissant. Dans une confusion visuelle fascinante, nous avançons à pas de loup, avec cette délicieuse impression de naviguer sur une mer recouverte d’écume. Désert ou lac gelé ? Difficile de se repérer dans cette immensité aux allures de banquise. Au loin, au milieu de ce grand rien, apparaît distinctement le sommet d’un volcan autrefois immergé. C’est une île volcanique hérissée d’une centaine de cactus candélabres, de 10 à 12m de haut. Certains sont âgés de 1200 ans !

Isla Incahuasi, Uyuni - The Report Earth

C’est les yeux pleins d’étoiles que nous achevons ce périple dans les rues désertes d’Uyuni, une petite ville endormie, au cœur de cette région dépeuplée. De longues rues poussiéreuses fuyant vers l’infini, des bars de routards défraichis, des locomotives rouillées du cimetière ferroviaire…Il règne dans cette ville sortie de nulle part une atmosphère de far west. Porte d’entrée des merveilles du Lipez, la ville ressemble pourtant à un point de non retour. L’occasion pour nous de quitter la région, et de réaliser l’intensité du périple que l’on vient de vivre. Du bonheur à l’état pur à travers des paysages parmi les plus extraordinaires d’Amérique du Sud. Un terrain vierge pour les rêves de tout un chacun.


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