[Récit de voyage] Etape 3: Taquile et son art textile

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Etape 1: Iles Uros, entre comédie et traditions

Etape 2: Amantani, sauvage et authentique

Après une paisible heure de navigation, nous abordons sur un petit débarcadère sur la côte nord. De là, c’est avec fébrilité et enthousiasme que nous entamons l’ascension de l’île via un charmant chemin pavé pour atteindre le centre de ce village haut perché.

Ile Taquile (Lac Titicaca) - The Report Earth

Bout de terre insulaire

On y découvre un versant bien vert avec de nombreuses terrasses agricoles sur les coteaux. Le sol qui nous entoure est rocailleux, parsemé de gentilles touffes d’herbe jaunie et planté de grands arbres épineux. Ici et là, de superbes vestiges incas se dressent fébrilement. L’île est baignée de soleil. Son ancien nom l’évoquait d’ailleurs : Inti tika, (« Fleur du Soleil »), jusqu’à ce que les espagnols s’emparent du pays et que l’île soit offerte par l’empereur Charles Quint à un Grand d’Espagne : Pedro Gonzalez de Taquila. D’où ce nom onirique.

Ce bout de terre insulaire est un des derniers endroits du pays à avoir capitulé face aux espagnols, ce qui pourrait expliquer la volonté de ce peuple à conserver son patrimoine et son identité à travers le maintien des traditions et des pratiques ancestrales. Aujourd’hui environ 2000 personnes vivent sur l’île. Ici, il n’y a ni voitures, ni hôtels, et seuls quelques petites échoppent vendent des produits de base. Tandis que le linge sèche mollement au soleil, les femmes marchent d’un pas assuré, leur fuseau en main, et les hommes traînent avec leurs travaux d’aiguille. En effet, la laine est filée exclusivement par les femmes, puis tricotée par les hommes. Pendant ce temps là, les enfants gambadent à travers les champs et les parents travaillent la terre. Parés de leurs magnifiques costumes traditionnels colorés, les Taquileños vivent toujours dans le respect de leurs traditions ancestrales.

Ile Taquile 2 (Lac Titicaca) - The Report Earth

Tenue traditionnelle et statut social

Gilet noir sur chemise blanche, chapeau souple ou bonnet rouge flanchant sur le côté… chaque parure a sa symbolique. Les couleurs et les motifs des vêtements sont ainsi révélateurs du statut social de celui qui les porte. Un homme marié se reconnaîtra à son bonnet de laine (chulo) avec des pompons rouges, tandis qu’un célibataire se distinguera par des pompons blancs. Bonnets qu’ils ont eux même tissés à l’aide d’une fine laine de mouton. Les femmes mariées, elles, portent une jupe noire, mais si elles sont célibataires, elles peuvent alors revêtir chacune jusqu’à vingt-cinq jupes aux couleurs vives ! Par ailleurs, certains vêtements ne se portent que les jours de fête, comme lors de la Fiesta de Santiago. La ceinture-calendrier (« chumpi »), réalisée par les femmes pour leurs maris, est également un symbole fort de cet art textile, dont la tradition remonte aux anciennes civilisations incas. Ses motifs extrêmement précis décorent toute la surface du tissu et révèlent l’histoire de la communauté, les traditions orales ancestrales, mais aussi le cycle annuel des activités rituelles et agricoles. Mieux qu’un manuel d’histoire, c’est une véritable machine à remonter le temps ! Tissé lors de promenade ou sur des métiers fixes à pédale préhispaniques, cet artisanat est depuis 2008, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Ile Taquile 2 (Lac Titicaca) - The Report Earth

Hospitalité et esprit de communauté

Ce peuple de tisserands gèrent lui-même les activités touristiques de l’île afin de sauvegarder ses traditions face à l’afflux des visiteurs au Pérou. Loin de la modernité du continent et de la mascarade des îles Uros, la vie sur Taquile se déroule dans un calme ambiant, porté par l’hospitalité de ses habitants. Car pour ce peuple de culture « quechua » la notion de communauté reste très forte. Et l’île, de 6 kilomètres de long et 1,6 km de large, est parfaitement organisée au niveau social grâce à un système de coopérative géré un comité de village ; chacun participe ainsi à son développement et son économie.

Saison touristique ou non, la vie s’y déroule paisiblement, en parfaite harmonie avec la nature. Et dans ce décor suranné, le temps semble s’être arrêter. Vestiges incas ici et là, champs en pâturages, chaumières gentiment animées, bâteaux de pêcheurs amarrés aux quais…S’arrêter à Amantani ou Taquile c’est se poser hors du monde, et (re)découvrir la magie du silence.

Ile Taquile (Lac Titicaca ) - The Report Earth


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