Yangon reportage - The Report Earth

Yangon, la fascinante, l’envoûtante

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Yangon, la fascinante, l’envoûtante

« Une cité de sang, de rêve et d’or » ainsi Pablo Neruda décrivait-il Yangon. Près d’un siècle plus tard, les paroles du poète chilien font écho à cette ancienne capitale opprimée par la domination militaire, mais aujourd’hui portée par un subtil vent de changement. Et si cette cité empreinte de mystère intrigue autant qu’elle fascine, elle a définitivement ce petit quelque chose qui fait d’elle un endroit captivant.

Yangon rue - The Report Earth

 

Une cité en voie de développement

Bien qu’elle ne soit plus la capitale officielle de la nation, Yangon reste son centre économique et la plus grande ville du pays (350km2), avec plus de 5 millions d’habitants. C’est finalement la junte militaire, qui prit le pouvoir en 1962, qui décidera de rendre à la ville son nom d’origine, Yangon (littéralement « fin des combats »), déformée par les colons britanniques en « Rangoon ». Les édifices monumentaux de la ville sont d’ailleurs particulièrement évocateurs de ce passé colonial. Reste à savoir si ce patrimoine encore bien préservé survivra à la transition vers la démocratie et le retour de la prospérité… En effet, depuis quelques années, encouragés par l’ouverture du pays, investisseurs, étrangers et voyageurs aventuriers affluent, provoquant une profonde mutation de l’économie du pays, avec la création de restaurants, de boutiques, de bars… Et si certaines fortunes se sont rapidement envolées, les stigmates de décennies de stagnation économique demeurent flagrants dans les quartiers désaffectés de la ville. Yangon reste relativement sous-développée, ce qui donne souvent l’impression de faire marche arrière dans le temps. Un voyage parfois déroutant pour le voyageur novice: les crachats de bétel sur la chaussée, les silhouettes gracieuses des femmes maquillées de thanaka ou encore les odeurs de currys qui émanent des gargotes, sont autant d’images étonnantes lorsque l’on arrive en Birmanie, et notamment à Yangon. Et ne soyez pas gênés des regards qui pèseront sur vos épaules de blanc-bec : le touriste est une espèce en voie de développement par ici !

Architecture coloniale, Yangon - The Report Earth

 

Shwedagon, la fameuse

L’étape Number One d’une visite à Yangon reste assurément l’éblouissante Paya Shwedagon, trésor de la nation et haut lieu du bouddhisme attirant les pèlerins du monde entier. Car si l’on l’on en croit la légende, cette immense pagode d’or renfermerait notamment huit cheveux de Bouddha dans son stupa principal. Un stupa lui même recouvert de 27 tonnes de feuilles d’or et serti de 5448 diamants, 1065 cloches en or, 2317 rubis, saphirs et autres pierres précieuses. Au sommet de ce zedi de 100m de haut, étincelle également un diamant de 76 carats, le tout estimé à plus d’un milliard de dollars.… Rien que ça ! Autour du stupa central, se dressent les piliers planétaires, honorables représentant des jours de la semaine et des noeuds lunaires ascendants. C’est à leurs pieds que se retrouvent les fidèles venus prier devant celui qui représente leur jour de naissance. Non par trouble d’égo mais par superstition: l’astrologie (dénommée « Mahabote ») imprègne pleinement le quotidien birman et à chaque jour de la semaine est associé une planète, une position cardinale et un animal mythique. Le jour de naissance joue donc un rôle crucial dans la vie des birmans et influencent leur personnalité et leur destin. C’est d’ailleurs souvent la première chose que les birmans vous demandent !C’est du fait de cette coutume que la plupart des Birmans n’ont pas de nom de famille mais un nom lié à leur signe astrologique.Alors avant de vous y rendre, renseignez-vous sur votre jour de naissance… vous pourrez ainsi faire une offrande à l’animal correspondant. Demandez aux birmans où se situe votre statue, ils seront ravis de vous aider!

Pagode Shwedagon - The Report Earth

A la tombée la nuit, la pagode sort son habit de lumière et se pare de mille feux. On pourrait alors y rester des heures durant, pour voir les va-et-vient des croyants venus prier et déposer des offrandes. Un spectacle éblouissant, dans une ambiance délicieusement apaisante. Cette zénitude totale se propage jusqu’aux abords du lac Kandawgyi, où se reflète avec grâce la paya Shwedagon à l’heure du crépuscule. En journée, le Parc du Peuple (People’s Park) offre également une vue imprenable sur le côté ouest de la paya. Avec ses jardins fleuris, ses bassins et fontaines, et ses ponts suspendus dans les arbres, il apparaît comme une véritable bouffée d’air dans ce chaos urbain.

Yangon et ses trésors cachés

Le plus souvent connue pour sa pagode Shwedagon, la ville a pourtant beaucoup plus à offrir. Et l’exceptionnelle diversité ethnique des habitants de Yangon y joue un rôle important. Peuplée de plus de quatre millions de bouddhistes, d’hindous, de musulmans et de catholiques, la ville, constituée de 33 faubourgs – du quartier musulman à Chinatown, aux quartiers huppés du lac Inya- conserve pourtant une atmosphère de village. Il suffit de flâner dans le dédale de ruelles animées et colorées pour s’en rendre compte. Chaque quartier possède son propre zei (ou zay) (« marché), le plus connu étant celui de Bogyoke. Avec plus de 2 000 magasins, c’est un lieu très prisé par les voyageurs dans leur quête de souvenirs: chérots, longyis, laques, tongs, pierres précieuses et bijoux, marionnettes, instruments de musique… Propre et lumineux (en comparaison aux traditionnels marchés birmans), c’est un des plus grand centre commerciaux du pays. Mais dans cet incontournable du « downtown », la négociation reste ardue et les prix souvent plus élevés qu’ailleurs. On préfèrera se rendre, comme la population locale, dans ceux de Theingyi Zei ou Mingala Zei. Tissus et vêtements, appareils électroménagers et articles en plastiques, herbes médicinales et autres remèdes traditionnels… Si vous ne cherchiez rien, vous y trouverez tout ! Et si notre arrivée est timide, elle est vite accueillie par des visages chaleureux et accueillants. Le sourire de ses habitants, c’est aussi ça la richesse de Yangon !

Marché de Yangon - The Report Earth

En route, laissez vous tenter par un thé traditionnel birman, mais prenez garde : « quand tu bois du thé, tu oublies tout ce que tu as connu ! » confie un jeune homme au longyi (tenue traditionnelle) soigneusement ajusté. Essayez aussi un Bein Moun, ces délicieuses crêpes birmanes (0,14€), vendues jours et nuits à presque tous les coins de rue (existe aussi en version salée : moun pyar thalet). Pour la plupart des habitants, manger au restaurant relève de l’extravagance et à Yangon comme ailleurs, on mange chez soi ou dans la rue. Alors, chaque jour, les birmans déballent leurs mini-tabourets et tables en plastiques, installent barbecues et woks en tout genre et alors les rues se transforment en restaurant à ciel ouvert ! Noodles sautées, légumes croquants, brochettes en sauce… C’est un véritable appel à la gourmandise. Ne soyez pas étonnés de voir des serveurs, à peine plus âgés que votre petit cousin : en Birmanie, les enfants ont le droit de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. En effet, beaucoup d’habitants ne peuvent pas travailler, privés de papiers d’identité suite au ravage des cyclones dans leurs habitats.
Non loin de là, autour du marché de Bogyoke Aung San et dans la 37th St, le quartier des bouquinistes mérite aussi le coup d’œil. Dans la rue s’alignent les étals de livres et revues en tout genre. Quel plaisir de laisser ses yeux parcourir le somptueux alphabet birman ! Plus loin, la paya Sule occupe un carrefour majeur de la ville, symbole de la fusion de la vie asiatique moderne et de la tradition birmane. Vieux de 200 ans, ce zedi doré, haut de 46m, serait plus ancien que la paya Shwedagon. Si elle sert souvent de point de repère et lieu de rendez-vous, on l’utilise également pour le calcul des distances kilométriques au nord.

Rencontres hors du temps 

Dala - The Report Earth

Pour prendre du recul sur toute cette agitation, c’est au bord du fleuve Yangon qu’il faut se rendre. Aux abords de ses tranquilles méandres, se dresse la paya Botatung, une pagode à l’ambiance spirituelle plus authentique qu’à la Shwedagon ou à la Paya Sule. Ici pas de foule oppressante, ni de trafic bruyant à proximité. A l’intérieur, du zedi (stupa) serpente un immense couloir en zigzag (de 40m de haut), doré du sol au plafond… Ali Baba et ses 40 voleurs n’ont qu’à bien se tenir !
Et pour une virée hors du temps, il suffit se rendre de l’autre côté de cette grande rivière sinueuse, dans le petit village rural de Dala. Malgré sa proximité avec l’ancienne capitale, c’est un village très traditionnel, fait de bambous et de chemins de terre. Pour s’y rendre, il faut emprunter le ferry à deux ponts (aller/retour 2,8€, toutes les 15min). A bord, les vendeurs s’animent et proposent toutes sortes de marchandises : des chapeaux de soleil, aux fruits colorés, en passant par les sac d’œufs mouchetés. Une fois le pied à terre, c’est une ambiance décontractée et chaleureuse qui vous accueillera. A Dala, pas de grosses enseignes touristiques ; on se ballade à pied ou en cyclo-pousse et on savoure le charme tranquille de ces routes caillouteuses. Ici, une maison en bambou, là des enfants qui gambadent tout sourire, mais aussi des silhouettes grises, surgies de nulle part. Ces hommes entièrement recouverts de boue sont en fait des pêcheurs ! Une technique bien rurale qui fera pâlir les pêcheurs du dimanche, à casquette nuque longue et cuissardes en caoutchouc.

Ici, de nombreuses familles ont subi de plein fouet des cyclones et typhons, les inondations ayant détruit la plupart des logements. L’Unicef essaye de les accompagner pour surmonter ces épreuves en leur procurant du bambou pour reconstruire leurs maisons (Bamboo village) mais aussi de la nourriture et des soins, ainsi qu’un accès à l’éducation.

Une ville qui vit et se transforme

Après des années d’isolement, aujourd’hui Yangon vit et se transforme. Et même si la mode occidentale n’en est ici qu’à ses balbutiements, de nombreuses jeunes filles troquent leur longyi traditionnel contre un jean, et la parole se libère peu à peu de la censure, donnant naissance à d’étonnantes galeries d’art contemporain, de karaokés très tendances, ou d’une prolifération d’antennes satellites. Mais cette cité pleine de paradoxes conserve toujours un charme envoûtant grâce à la richesse de son histoire et à la chaleur de ses habitants. Et ce sont ses sourires et quartiers désuets qui donnent à cette cité oubliée toute son énergie et son charme !


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